Ça s’est passé un 26 novembre 1905

Apparition
“Une apparition” article dans le journal Le Matin, 26 novembre 1905

 

Ce 26 novembre 1905, les lecteurs du journal Le Matin découvrent en une, aux côtés des nouvelles du monde entier reçues par télégramme pendant la nuit, un récit pour le moins insolite : on a photographié un fantôme.

Ce qui dépasse l’entendement (fixer sur la pellicule une présence par définition insaisissable) semble pourtant attesté par le cliché illustrant l’article. Au milieu des personnes témoins de la scène, une silhouette blanche se détache. Pour le lecteur éventuellement sceptique, le journaliste prend soin de préciser la position du fantôme, au côté du médium qu’il cache même en partie.

Tout au long de son article d’ailleurs, le journaliste multiplie les éléments prouvant, à ses yeux, qu’aucune manipulation n’a été possible. La pièce est close et suffisamment éclairée pour déjouer toute intrusion d’un complice. Même, les fonctions des participants à l’expérimentation du professeur Richet garantissent du sérieux de l’opération : un ingénieur sorti de l’Ecole centrale, un général et ses proches, jusqu’à la voyante elle-même, ancienne fiancée du fils du général. Et pourtant, au milieu de tous ces esprits forts, un homme leur apparaît. Vêtu de blanc et coiffé d’un turban, le fantôme s’avère originaire d’Inde où il était prêtre, détail qui ne retient pas outre mesure l’attention du journaliste. Bien au contraire il est frappé par les prodiges accomplis par cette apparition qui tour à tour salue poliment chaque membre de l’assistance, respire et surtout disparaît et réapparaît par le plancher à volonté. Pour le journaliste, l’éventualité d’un usurpateur est alors définitivement écartée.

Le Matin, 26 novembre 1905

Fondé en 1883 sur le modèle de la presse anglo-saxonne, le journal Le Matin a en effet une certaine exigence dans la vérification des faits, ce qui lui avait valu par exemple de s’illustrer lors de l’affaire Dreyfus en mettant en cause les accusations portées contre le capitaine. Dans le même temps, le succès du titre doit beaucoup au ton volontiers accrocheur employé dans les articles. Dès lors, puisqu’aucun doute ne lui semble plus permis, le journaliste peut titrer son article : « Une apparition. Comment le professeur Richet a photographié un fantôme. »

Si Le Matin fait partie des plus forts tirages de la presse d’avant-guerre, c’est aussi grâce aux feuilletons qu’il accueille dans ses colonnes. Gaston Leroux en est un des auteurs récurrents. Ironie de l’histoire, en 1910, c’est dans un journal concurrent, Le Gaulois, que le même Gaston Leroux publie un autre récit d’apparition au retentissement fameux : Le Fantôme de l’Opéra.

English version of this blog article available here.

Merci a Jean-Baptiste Vaisman 

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